Mon asthme et moi
(par Nicolas Lemieux)


(This is the French version to my personal contribution to the Buteyko web site by Peter Kolb and Mark Reardon.)
(Ceci est la version française de ma contribution personnelle au site W3 sur Buteyko par Peter Kolb et Marc Reardon.)

 

Nicolas Lemieux


[Mars 1997] [Août 1998]

Voici deux messages que j'ai envoyés à la liste de discussion sur Buteyko. J'ai écrit le premier en mars 1997, après trois mois d'application de la méthode Buteyko, et le second aujourd'hui, pour lui faire suite. Je pense que ces deux textes constituent un bon survol de mon histoire d'asthmatique. Ils racontent comment j'ai découvert Buteyko, comment j'ai appris la technique et comment je m'en suis servi pour me sevrer de ma médication. Puisqu'ils sont aussi un bon résumé de mon progrès, je pense qu'ils en intéresseront plus d'un; je crois donc qu'ils méritent d'être affichés ici. (a.s.a., 1er août 1998)

 

Le 31 Mars 1997


[
Mars 1997] [Août 1998]

Bonjour Peter, Christopher, Louise, Robert, Iain, Harriet, Betty, Vladimir et tous les autres,

Ceci est mon premier message à ce groupe, bien que je lise maintenant la liste depuis des mois. Mon premier contact avec la technique s’est fait sur alt.support.asthma (a.s.a.) il y a environ un an. Je vivais à l’époque à Kitchener-Waterloo, Ontario, Canada, et j’étais étudiant en musique, opéra, chant.

J’ai trente ans et j’ai souffert d’asthme toute ma vie. Ça a commencé à l’âge de deux ans après des mois d’eczéma intense, d’après ce que mes parents m’ont raconté. Pendant mon enfance, j’ai été traité avec Intal, amynophilyne, tavist et sudafed. Mon asthme était relativement stable, à condition de n’avoir aucun contact avec des animaux comme les chats, les chiens et les chevaux, et à condition de ne pas manger de poisson.

Au milieu des années 70, je me souviens de la première fois où mon médecin m’a expliqué ce nouveau médicament "nouveau et efficace mais puissant et peut-être dangereux ": Le ventolin. Il me prescrit de l’utiliser seulement dans les cas d’extrême urgence, par exemple au lieu d’aller à l’hôpital.

Puis nous avons passé trois ans à Paris où, au début de mon adolescence, j’ai commencé à "gérer " mon asthme moi-même. Ça veut tout simplement dire que j’ai commencé à utiliser mon ventolin de plus en plus, en cachette de ma famille, par culpabilité. Au point qu’il était devenu rare que je passe une journée sans prendre moins de deux ou trois bouffées de ventolin… Et de toute façon, de retour à Québec, en 1978, mon nouveau médecin avait une attitude complètement opposée envers l’utilisation du bronchodilateur : Cette fois, je devais en prendre quatre bouffées par jour, besoin ou non, accompagné de théophylline et de Fivent au besoin. Plus aucune précaution. Il alla même jusqu’à me dire que je serais guéri après quelques mois… Quelques années plus tard, il me donna des stéroïdes : Tout d’abord bronalide, puis becloforte, une bouffée deux fois par jour, puis deux bouffées deux fois par jour. À quinze ans j’ai été hospitalisé pendant une semaine complète; les médecins ne voulaient pas me laisser retourner à la maison parcequ’ils savaient que ma sœur avait… un lapin!

Des années plus tard, après avoir essayé le yoga, l’homéopathie et l’acupuncture, et avoir constaté que toutes ces techniques semblaient aider un peu, mais toujours plutôt à court terme, rien n’avait changé. Bien entendu j’ai toujours cru que le chant aussi pouvait aider d’une certaine façon, mais ma condition était restée la même après 14 ans de leçons de chant (avec beaucoup de ventolin).

Le jour où j’ai lu un article à propos de Buteyko dans le forum de discussion (mai 1996), j’ai demandé à Peter de m’envoyer l’article de Buteyko, ce qu’il fit aussitôt (et c’était tellement technique! :^)). J’ai ensuite lu tout ce que je pouvais trouver à propos de la technique, et j’ai commencé à expérimenter sur moi-même. J’ai découvert dès le début que la méthode Buteyko aidait mon chant. Je marchais tous les matins pour aller à ma leçon de chant, en contant combien de pas je pouvais faire en retenant mon souffle après une expiration, ou bien je retenais mon souffle pendant cinq pas, inspirais, expirais, le retenais encore… ma gorge semblait tellement détendue et pleine d’énergie!

Puis, je me suis fatigué de lire les longues disputes sur a.s.a. et j’ai arrêté de lire à propos de Buteyko, mais l’idée est restée présente dans mon esprit.

Quelques mois plus tard, aux environs de décembre 1996, en regardant une fois de plus a.s.a., j’ai appris l’existence du site web. J’ai alors passé des heures à lire et relire la moindre parcelle d’information, et je me suis inscrit à cette merveilleuse liste de discussion.

En fait, j’avais trouvé un moyen de gagner de l’argent grâce à mon asthme: De retour à Montréal depuis septembre, j’offrais mes services comme sujet dans des études pour des compagnies pharmaceutiques. Je participais justement à une de ces études pendant le temps des fêtes, et c’est la raison pour laquelle j’ai été obligé d’attendre avant de commencer sérieusement les exercices. C’est plutôt drôle : L’étude consistait en cinq journées complètes, séparées d’une semaine, où je devais tout simplement prendre une dose d’un nouvel aérosol moins dangereux pour l’environnement contenant soit un bronchodilateur commun (probablement salbutamol ou serevent, je ne suis pas certain) soit un placebo. Mais le matin, lors de ces journées d’étude, il fallait que mon FEV1 soit entre 50% et 70%, sinon ils me renvoyaient à la maison. Les jours où je ne me qualifiais pas, j’avais droit à trois chances pour refaire cette "journée " particulière. Au début de janvier (1997), j’en avais assez d’attendre et j’ai finalement essayé la technique Buteyko. Et voilà que pour la première fois en plusieurs décennies, je passais trois jours sans prendre aucun ventolin! (J’avais toujours eu besoin de trois à sept bouffées par jour…)

Cependant, il me restait encore une journée d’étude à compléter : Il a fallu que je la reprenne trois fois parce que mon FEV1 était toujours trop haut! Finalement, je n’ai pas pu trouver mieux que d’arrêter les exercices Buteyko et de recommencer à prendre du ventolin pendant quelques jours pour DÉTERIORER mon asthme et enfin pouvoir finir cette satanée étude! (et ça à marché!)

Tout de suite après ces événements rocambolesques, j’ai inclus Buteyko dans mon rituel matinal, pour une demi-heure. Et je n’ai plus jamais touché à mon ventolin; cela fait deux mois et quelques jours (depuis le 26 janvier 1997). Ainsi, d’une certaine façon, par votre faute, les amis, je ne peux plus gagner d’argent grâce à mon asthme! :) :) :) (Comment vous en remercier?)

Je continue à prendre mes deux bouffées de becloforte deux fois par jour, comme depuis une quinzaine d’années. J’attends que ma pause de contrôle s’améliore. En fait, elle s’est déjà un peu améliorée ces derniers jours, je vais peut-être m’essayer avec trois bouffées par jour, mais j’ai tendance à être extrêmement prudent dans ce domaine. Je suis prudent également avec les pauses maximum, mes connaissances de la technique étant quand même plutôt limitées (c’est la méthode "faites-le vous-même"!), alors je fais des pauses de contrôle et j’ajoute dix secondes, suivies de trois minutes de respiration superficielle. J’aimerais bien avoir la discipline de le faire le soir aussi, mais même de cette façon là, les résultats sont surprenants. J’ai très hâte de voir mes allergies disparaître. Si vous avez un chat ou un chien chez vous, vous seriez obligés de vous changer avant de venir chez moi!

Cette fascinante liste de discussion a une valeur inestimable pour moi, m’encourageant et m’aidant à rester toujours motivé.

Et voilà, c’était simplement pour me présenter et vous dire MERCI! Continuez votre excellent travail!

Nicolas Lemieux
Pages WWW

 

Le 1er Août 1998


[
Mars 1997] [Août 1998]

Bonjour groupe.

Le temps est venu pour une mise à jour de la longue histoire "Mon asthme et moi ", ou plutôt "Moi et mon asthme en voie de disparition ". Cela fait plus de 18 mois maintenant depuis que j’ai commencé à faire les exercices Buteyko. Jusqu’à il y a deux ou trois mois, je m’en suis tenu à mon régime d’une demi-heure tous les matins, avec peu d’exceptions, et je me suis graduellement sevré des cortico-stéroïdes, en réduisant la dose très doucement, à chaque fois après 3 à 4 semaines à un mois ou deux, tout dépendant de comment je me sentais. Maintenant, je pourrais presque dire que je ne prends plus rien pour l’asthme, mais je prends encore une bouffée de Becloforte à toutes les 3 – 4 semaines, ce qui est près de rien du tout, un dosage plutôt symbolique. Je vais arrêter d’en prendre complètement au cours de ce qui reste de cet été, c’est à dire… disons… dans une ou deux bouffées!

Me débarrasser de toute médication pour l’asthme à été pour moi un accomplissement majeur, ce qui m’a donné beaucoup de motivation et de volonté pour poursuivre mes buts de meilleure santé. J’ai foi en cette méthode; j’en ai déjà vu les résultats. En plus, grâce à la méthode Buteyko, en deux ans, j’ai fini par économiser une belle somme d'argent en médication, ce pourquoi je suis très reconnaissant.

En conséquence, j’ai décidé il y a deux mois, de me procurer un des kits "faites-le vous-même " (Do it yourself) disponibles sur internet (Après avoir relu les critiques de Peter, j’ai opté pour le vidéo et manuel offert par "Alternative Approach "). À présent, avec une connaissance plus étendue de la technique, j’ai commencé à pratiquer la respiration superficielle "à la lettre " ("à la cassette vidéo ", devrais-je dire!), assis bien droit, bien concentré, je "flirte " avec le manque d’air, je détends mon thorax, je mesure ma PC (pause de contrôle) à toutes les 3 à 5 minutes et mon pouls au début et à la fin de la série d’exercices. Je me prête à ce jeu pendant une demi-heure le matin en me levant et le soir avant de me coucher.

Je fais aussi une troisième séance, le matin également, pas trop longtemps après avoir mangé, où je pratique encore mon ancienne technique, qui s’était montrée efficace dans mon cas: des pauses faisant un compromis entre une simple PC et une PM (pause maximum) complète. Je fais simplement une PC " généreuse ", à laquelle j’ajoute 10 secondes ou plus (dernièrement, j’ai commencé à ajouter plutôt 15 secondes), et j’arrondis vers le haut au prochain 5 ou 10 (Si ma PC est de 14, je retiens mon souffle pendant 14+10=24, arrondi à 25, si ma PC est de 18, alors je le retiens pendant 18+10=28, que j’arrondis à 30). Avec des périodes de 3 minutes de respiration superficielle "douce " entre chaque pause, je fais durer la séance de 30 à 40 minutes en tout. Je profite généralement du temps où je respire superficiellement pour écrire dans mon journal; à propos, je trouve que l’écriture est une excellente activité tranquille à associer avec la respiration superficielle. Tout ce temps consacré à faire les exercices, à chaque jour, peut sembler contraignant, mais j’en ai fait une priorité.

Après cette première année et demie de sevrage par rapport aux stéroïdes, avec seulement une demi-heure d’exercices Buteyko par jour, ma PC ne s’est pas encore tellement améliorée. Elle flotte encore aux alentours de 13 –15 au début de la séance et de 18 – 20 à la fin. Je me suis donc fixé pour but de l’allonger. Ma réactivité allergique aux chats, chiens et autres animaux poilus est toujours très forte. J’ai même eu l’impression, ces derniers mois, que j’étais peut-être encore plus sensible que d’habitude à ces déclencheurs, mais je suppose que ce phénomène est dû au fait que je sois dans une période d’adaptation dans le processus de sevrage des stéroïdes. J’imagine et j’espère, maintenant que cette phase d’adaptation est presque terminée, et avec plus de temps et d’énergie consacrés aux exercices, que ma PC devrait commencer à s’améliorer, et aussi que ma sensibilité allergique devrait commencer à diminuer.

J’ai aussi commencé à utiliser du papier collant "chirurgical " large de 2 cm pour sceller ma bouche pendant la nuit. Je m’y suis habitué, et maintenant je trouve même ça plutôt confortable! Un court commentaire à ce sujet, cependant : Même si je me suis laissé pousser la barbe ces derniers temps, le ruban adhésif reste en place, pas toujours très solidement, mais il est surtout là pour me rappeler de bien garder la bouche fermée, sinon il va tomber! Bien sûr, tous les matins, je me pose cette fameuse question : "Où est-ce que je vais bien trouver ce satané papier collant aujourd’hui? " Il peut se cacher à bien des endroits. Enroulé autour de mon pouce, collé aux draps, sous mon oreiller, soigneusement plié sur la tablette de chevet, et même quelques fois… toujours sur ma bouche! Et c’est vrai que dans ces occasions, quand il est encore collé sur mes lèvres, je me sens plus reposé et plein d’énergie. Mais dans plusieurs autres cas, les preuves sont suffisantes pour affirmer que le ruban ne s’est pas enlevé tout seul : l’intervention de quelque fée nocturne est probablement en cause ici. Des suggestions pour m’aider à ce sujet? Est-ce que je devrais porter des menottes, en plus du papier collant sur ma bouche?

Je blague, bien entendu. Plus j’essaie, plus le ruban adhésif passe des nuits entières sur mes lèvres. En fait, ma technique s’est améliorée au cours des dernières semaines. Au lieu de pincer mes lèvres avant d’appliquer le papier collant, je les pousse un peu vers l’avant, en exposant ainsi plus de surface au ruban. Une fois le ruban relativement bien collé et que je relâche mes lèvres, il se plie légèrement vers l’intérieur et j’ai la sensation de le mordre des lèvres. De cette façon, à mon humble opinion, toute cette discussion concernant le port ou non de la barbe devient plutôt inutile (J’ai quand même eu beaucoup de plaisir à suivre la discussion sur les barbes, les amis! Surtout le commentaire humoristique de Peter à propos de super colle pour la perte de poids). J’ai découvert que je suis capable de m’exprimer, d’une voix étrange, malgré le ruban adhésif, mais j’aime mieux souhaiter bonne nuit à ma copine et l’embrasser AVANT d’appliquer le papier. Bon, finalement, c’était tout un "court commentaire ".

À présent, après huit semaines de ce nouveau régime intensif de pratique de la méthode Buteyko, ma PC ne s’est pas encore vraiment allongée, mais j’ai remarqué que mon pouls atteignait des niveaux beaucoup plus bas qu’auparavant. Dernièrement, il est souvent descendu à 60 et même en deçà, juste après une PC suivant une séance de RTS. À quelques reprises, il s’est même calmé au point d’atteindre les 52 pulsations à la minute, et ce fut une agréable surprise et une sensation extraordinaire.

Mes amis asthmatiques m’ont demandé des renseignements sur la méthode Buteyko; j’ai imprimé les pages de Peter et Mark de nombreuses fois pour leur donner à lire, et j’ai finalement récemment créé moi-même une nouvelle page WWW sur la méthode Buteyko (Suivez les liens au bas de ce document). Cette page WWW est écrite en français (langue qui est, à propos, ma langue maternelle), ce qui me permettra peut-être de rejoindre tout un nouveau groupe de gens. Je crois bien que c’est la toute première page web en français à parler de la méthode Buteyko, et j’en suis plutôt fier. Si seulement cela pouvait contribuer à cet ardu changement de paradigme exigé par Buteyko! Le site est opérationnel depuis deux mois, et le petit compteur au bas de la page principale tourne déjà à plein régime… J’ai beaucoup d’idées pour la croissance de ce site, mais je serai reconnaissant de toute suggestion.

Bon, voilà où j’en suis. Désolé si ce message s’est avéré un peu long. Je pourrais continuer à radoter sans arrêt à propos de la méthode de respiration de Buteyko pendant des jours et des jours. Sans fatigue. C’est justement ce que j’ai l’intention de faire à l’avenir.

Nicolas Lemieux
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Mise en ligne: 6 août 1998